Méditation sur Lc 6, 20-26 · mercredi 9 septembre 2026
Jésus lève les yeux sur ses disciples. Il ne parle pas d'une catégorie lointaine : il regarde des visages, et il dit « heureux, vous ».
Chez Luc, tout est dépouillé. Pas de « pauvres de cœur » : des pauvres. Pas d'« affamés de justice » : des affamés. Il ne dit pas que la misère est bonne. Il dit que Dieu prend parti : que là où le monde voit des vies ratées, Dieu voit ses préférés.
Puis les quatre malheurs, qui ne condamnent pas mais constatent : « vous avez déjà reçu votre consolation ». Le drame du rassasié n'est pas d'avoir trop, c'est de n'attendre plus rien. Il a touché son salaire, l'affaire est close. Le pauvre, lui, est encore ouvert. Il attend. Et c'est cette attente que Jésus appelle bienheureuse.
Alors la question n'est pas « suis-je assez pauvre ? » — question stérile quand on ne manque de rien. Elle est plutôt : est-ce que j'attends encore quelque chose de Dieu ? Ou ai-je arrangé ma vie pour n'avoir plus besoin de lui ?
Il suffit, pour le savoir, de regarder où va notre espérance quand rien ne va plus.
P. Hippolyte AGNIGORI